Une rentrée sur deux se profile sans fanfare à Lyon, lorsque la ville se retrouve privée de la grande messe de sa Biennale de la Danse. L’occasion de jeter un oeil sur la programmation annuelle des deux grandes institutions locales, l’Opéra de Lyon et la Maison de la Danse, et sur leur partage du ciel artistique.
L’Opéra de Lyon ne résiste pas à l’avarie crise, avec un programme largement composé de pièces déjà vues lors des deux dernières saisons. En septembre, Beach Birds (Merce Cunningham) et Set and Reset/Reset (Trisha Brown) sont au menu avec une création de Ralph Lemon, chorégraphe moderne américain qui revient travailler avec la compagnie après une longue interruption. Le récent décès de Merce Cunningham et l’incertitude sur le devenir de son oeuvre peut donner envie, au moins, de revoir le délicat Beach Birds.
Indubitablement cependant, et comme souvent, l’essentiel de la programmation se bouscule sur quinze jours. Cette année, le rayon de soleil est prévu pour novembre. Le festival “Ici on danse” poursuit certes les reprises avec la Giselle de Mats Ek, présentée il y a à peine six mois, mais le programme qui la précède propose son joyau propre, avec le baroque Bella Figura de Jiri Kylian, que ce blog ne reniera évidemment pas. S’y ajoute une pièce d’Anna Teresa de Keersmaeker, à la musicalité si souvent éblouissante. Après cette vague de beau temps, le reste de la saison du Ballet, composée d’une oeuvre moins réussie de Kylian, One of a Kind, et d’une soirée “Next Wave” pour public aventureux aux Subsistances, paraît bien dispersée.
En marge de la compagnie lyonnaise, ce festival Ici on danse a la bonne idée de recevoir deux invités de marque, Mikhaïl Baryshnikov et Ana Laguna. Elle est la compagne et muse de Mats Ek, lui l’un des plus grands danseurs de formation classique du XXe siècle. A l’heure de la maturité, ils dansent encore, et proposent notamment une création d’Alexeï Ratmansky, ex-directeur du ballet du Bolshoi et prodige de la chorégraphie.
La programmation de la Maison de la Danse est nettement plus dense, en toute logique, malgré les traditionnelles incongruités (une comédie musique sur l’oeuvre des Beatles ? Vraiment ?). Moins contemporaine que la saison précédente, on notera, parmi les troupes aux racines néo-classiques, la venue en septembre du Nederlands Dans Theater II, compagnie de jeunes danseurs bien gardée par des pièces de Kylian et de Lightfoot León. Plus important peut-être encore, la présence début novembre de Danses Concertantes, “troupe” du chorégraphe Benjamin Millepied qui inclue en général nombre de solistes des grandes compagnies classiques américaines. Au répertoire, le Duo Concertant de Balanchine, très rarement vu en France.
Au printemps, également, Complexions, compagnie du chorégraphe Dwight Rhoden et du performer Desmond Richardson, se présente comme une sculpturale héritière d’Alvin Ailey. Le Ballet de l’Opéra National de Bordeaux, auteur d’un très pâle Don Quichotte il y a deux ans dans ces mêmes murs, revient avec une Coppélia néo-classique de meilleur augure (avec, au moins, la partition de Delibes pour la soutenir).
Enfin, un évènement de la Biennale de la Danse 2008 est de retour en juin : Blue Lady, le solo de Carolyn Carlson qu’elle a elle-même transmis au danseur et chorégraphe Tero Saarinen. Un pari passionnant, à comparer avec la désespérante chorégraphie Jean-Paul Gaultier d’un des autres spectacles phares de la Biennale, la Blanche-Neige d’Angelin Preljocaj, de retour à l’automne.
On n’oubliera pas, enfin, le flamenco ou les compagnies sud-américaines. Ceci dit, comme tout bon météorologue, l’auteur de ces lignes sera évidemment loin des cieux en question, dans l’ignorance bienheureuse des bons et mauvais coups du destin…

