September 6, 2009

Critics and the Videos – Alicia Markova in Giselle

Laura @ 15:31 —
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A l’occasion du retour de Giselle à Paris fin septembre, quelques extraits traduits en français des critiques américaines d’Edwin Denby, grand admirateur d’Alicia Markova dans ce rôle, danseuse dont seules quelques rares vidéos subsistent.

What the critics were seeing – since Giselle returns to the Paris Opera at the end of September, it should be the right time to have a look with Edwin Denby at one of the most famous interpretations of the title role, that of Alicia Markova, of whom only a precious few films remain.


Markova has power too as an actress. She alters her style to characterize her part, even to giving her virtuosity no special play. A few details of characterization, such as Giselle’s mad dance, I do not agree with; but it is a disagreement of taste, not of principle. For she builds and holds a scene as steadily as an actor like Evans. And there is something more to it than the proper control. She does not make the part a vehicle for her own glamour. She takes it disinterestedly. And what you see is not Markova as Giselle, but Giselle in the figure of Markova. In this unselfconsciousness, so to speak, her dancing becomes serious and sincere poetry. When you watch her, the whole body shows that unpredictable burning edge of movement that the living images of real life have, which continue so mysteriously to live inside our hearts, and out of whose inexhaustible light art is made. It is an equivalent of the absorbing “living line” in poetry and drawing. Out of hundreds of good dancers of all nationalities, there have been perhaps a dozen in whose dancing I have seen it continue as the characteristic of the whole body for minutes at a time.

January-February 1942 – Edwin DENBY, Dance Writings, London, Dance Books, 1986, p. 126.


[Traduction ©BF]

Markova ne manque pas non plus de puissance en tant qu’actrice. Elle altère son style pour définir son personnage, même si cela ne lui permet pas de donner libre cours à sa virtuosité. Je ne suis pas d’accord avec certains détails de sa caractérisation, la scène de la folie de Giselle par exemple ; mais il s’agit d’un désaccord qui relève du goût, pas d’un désaccord de principe. Car elle construit et occupe une scène avec la même force qu’un acteur tel que [Maurice] Evans. Et elle ne le fait pas seulement avec le contrôle adéquat, mais avec quelque chose en plus. Elle ne transforme pas le rôle en un simple support pour son éclat personnel. Elle l’approche de manière désintéressée. Et ce que l’on voit n’est pas Markova dans le rôle de Giselle, mais Giselle en la personne de Markova. Avec ce naturel, si l’on peut dire, sa danse se transforme en poésie, à la fois sérieuse et sincère. Quand vous la regardez, son corps tout entier met en évidence la brûlante lisière du mouvement qui est celle des images de la vraie vie, elles qui restent si mystérieusement vivantes dans nos coeurs, et dont l’inépuisable lumière est à la source de l’art. Il s’agit de l’équivalent de la fascinante “ligne vivante” de la poésie et du dessin. Parmi des centaines de bons danseurs de toutes les nationalités, je ne l’ai vue poursuivie comme trait du corps tout entier, l’espace de plusieurs minutes, que chez une douzaine de personnes.




It is as hard to color correct academic dancing with emotion as it is to give emotional color to correct bel canto. Miss Markova makes it seem the most natural thing in the world.

One reason she succeeds is that one sees every detail of the movement so distinctly. The movement of other dancers is apt to look fuzzy or two-dimensional in comparison to hers, which looks three-dimensional. Only the greatest dancers have this so-to-speak stereoscopic distinctness. Markova also has a complete command of the impetus of dance movement. She hits the climax of  a phrase—say, a pose on one toe, or a leap—without a trace of effort or excess drive. The leap, the pose, seems to sustain itself in the air of its own accord.

She does not strain either in movement or in theater projection. She is so straight upright, so secure, that she does not have to thrust her personality on the audience for an effect; the audience is happy to come to her. This makes her dance seem personal, intimate, even in the open air.

June 28, 1943 – Edwin DENBY, Dance Writings, London, Dance Books, 1986, p. 84.


[Traduction ©BF]

Il est aussi difficile de colorer d’émotion une danse académiquement correcte que de donner une couleur émotionnelle à un bel canto adéquat. Mademoiselle Markova en fait la chose la plus naturelle du monde.

L’une des raisons pour lesquelles elle y parvient tient au fait que l’on distingue chaque détail du mouvement avec une parfaite clarté. Le mouvement des autres danseurs a tendance à paraître flou ou limité à deux dimensions en comparaison avec le sien, qui semble passer à trois dimensions. Seuls les plus grands danseurs possèdent cette précision stéréoscopique. Markova possède par ailleurs dans la danse une maîtrise totale de l’impulsion du mouvement. Elle atteint l’acmé d’une phrase – une pose sur pointes, par exemple, ou un saut – sans la moindre trace d’effort ou d’excès d’énergie. Le saut, la pose semblent se maintenir d’eux-mêmes dans les airs, de leur propre volonté.

Le mouvement comme la projection théâtrale sont eux aussi sans tension aucune. Elle est si droite sur ses jambes, si stable, qu’elle n’a pas besoin de jeter sa personnalité à la tête du public pour l’effet ; le public va volontiers vers elle. Cela rend sa danse personnelle, intime, même en plein air.




» Au sujet d’Alicia Markova : Markova la Légende, documentaire de Dominique Delouche





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