A Londres comme à Paris, le Roméo et Juliette de Rudolf Noureev est de retour sur le devant de la scène cette saison, et malgré son statut d’outsider face aux populaires versions de Kenneth MacMillan ou de John Cranko, cette lecture de Shakespeare continue à se démarquer par ses trouvailles dramaturgiques et scénographiques. Comme pour Le Lac des cygnes en décembre, je suis revenue pour le programme officiel de l’Opéra de Paris sur la genèse chorégraphique et théâtrale du ballet, présenté à l’Opéra Bastille jusqu’à la fin du mois d’avril. Petit extrait de l’article :

Couverture du programme 2010-2011 de Roméo et Juliette © Opéra National de Paris
Œuvre de la consécration avec Margot Fonteyn puis symbole du chorégraphe, Roméo et Juliette aura rarement quitté Rudolf Noureev. Né l’année où Serge Prokofiev présenta pour la première fois sa désormais célèbre partition, il chercha en effet dès le début des années 1960 à convaincre Léonid Lavrovski, auteur de la chorégraphie de 1940 pour le Ballet du Mariinski, de monter celle-ci à Londres pour Margot Fonteyn et lui-même. L’affaire ne sera jamais conclue, mais un autre chorégraphe va permettre au couple de stars d’incarner les amants maudits : Kenneth MacMillan, qui crée sa propre version pour le Royal Ballet en 1965. Pour le jeune danseur russe, identifié à l’époque au répertoire classique de Saint-Pétersbourg, c’est l’occasion d’incarner « un héros abstrait » ou « l’un de ces princes-marionnettes, mais tout simplement un être humain ». Noureev chorégraphe ne fera que renforcer le réalisme du drame tout en naviguant vers la fin de sa carrière entre les rôles de Roméo et de Mercutio, troublants échos de deux facettes de sa personnalité : l’urgence de vivre au cœur du drame et la « drôlerie volubile » d’un clown tragique.
En 1977, cependant, Noureev n’a encore chorégraphié pratiquement aucun ballet ex nihilo, et a même cessé depuis bientôt dix ans de remonter les grands ballets de Petipa. Lorsque le London Festival Ballet l’invite à lui donner un Roméo et Juliette capable de concurrencer celui de MacMillan, qui tient toujours le haut de l’affiche à Covent Garden, c’est donc un chorégraphe nouveau qui s’attaque à l’œuvre de Shakespeare : le fils prodigue de l’école Vaganova s’est entre-temps nourri de styles nouveaux, de Paul Taylor à Martha Graham. Sa Vérone, ardente et colorée, sensuelle et brutale, va ainsi s’éloigner des structures classiques de Petipa et même du livret traditionnel de Prokofiev et Lavrovski pour mieux rendre le drame à sa violence élisabéthaine. (…)
→ « Vérone ou l’urgence de vivre », Programme de l’Opéra National de Paris, saison 2010-2011, pp. 40-43.
Pour la suite, direction le programme en vente au Palais Garnier ou à l’Opéra Bastille…


