Un autre article pour le Huffington Post version française – cette fois sur un excellent programme présenté au festival Suresnes cités danse la semaine dernière…
Bye Bye Vénus/Passage/Elles/Quelque part par là/Standards
Chorégraphie : Jérémie Bélingard, Abou Lagraa, Sylvain Groud, Laura Scozzi, Pierre Rigal
Festival Suresnes cités danse
Théâtre Jean Vilar de Suresnes
Février 2012
Qu’on est loin, avec Suresnes cités danse, de la morosité sur fond de guerre des cultures qui berce en ce moment le discours politique. Ambiance bon enfant, salle jeune et enthousiaste : ce festival qui fêtait ses vingt ans avec l’édition 2012 vaut le déplacement, ne serait-ce que pour entrevoir la vitalité du hip-hop d’aujourd’hui en action. Le programme “Cités danse variations” célébrait pour l’occasion les collaborations entre danse contemporaine et hip-hop qui ont fait date au théâtre Jean Vilar, et sur cinq œuvres au programme, quatre au moins justifiaient largement de ne réintégrer la navette Suresnes-Paris que passé minuit.
Les festivités commençaient avec la reprise d’une création présentée au dernier festival, Bye Bye Vénus. Plusieurs étoiles en activité de l’Opéra de Paris se sont essayées ces dernières années à la chorégraphie avec des résultats globalement passables, et on n’attendait donc pas le dernier en date, Jérémie Bélingard, à pareille fête. Sa collaboration avec cinq danseurs de hip-hop a un air de joyeuse liberté : le métissage des techniques s’y fait sans tension, sans coup de force, avec des références glissées l’air de rien, au service de personnages qui ressemblent à une bande de copains. Trois hommes en costumes retombent ainsi en enfance le temps d’un morceau ; ailleurs, les duos évitent les principaux clichés du genre, tandis qu’une simple série de tours acquiert une luminosité rare. Les interprètes sont remarquables, et parmi eux se profile une déesse moderne digne du titre de l’œuvre : Lara Carvalho, débordante de vitalité avec ses épaulettes et ses longs cheveux lâchés.
La connexion avec l’Opéra de Paris ne s’arrêtait pas là : deux des autres chorégraphes programmés, Abou Lagraa et Laura Scozzi, avaient en leur temps été invités au Palais Garnier pour d’éphémères collaborations avec la compagnie. C’est pourtant à Suresnes qu’on les retrouve uniques et incisifs. Passage, créé il y a déjà douze ans au festival, nous montre Abou Lagraa en pleine expérimentation : trois danseurs entament tour à tour, dans leurs carrés de lumière bleu, rouge ou vert, un dialogue physique avec la musique électronique qui sert de bande-son. L’un tourne avec une facilité unique, l’autre joue au stop-start, comme éclairé par des néons clignotants de boîte de nuit. Le trio qui se forme peu à peu explore d’autres références, du music-hall aux danses de salon en passant par un bouddha aux mains liées, le tout avec un éventail technique et une fraîcheur qui tient facilement en haleine. (…)
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