May 12, 2010

Critique : Akram Khan en concert

Laura @ 01:08 —
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Gnosis
Akram Khan
Sadler’s Wells, Londres
26 avril 2010

Akram Khan est devenu un symbole au Royaume-Uni – celui d’une danse multiculturelle, capable de naviguer entre ses racines traditionnelles et les scènes contemporaines sans négliger les collaborations possibles avec des artistes venus d’autres genres, d’Anish Kapoor à Juliette Binoche. On en oublierait presque qu’Akram Khan a été formé avant tout au kathak, cette danse traditionnelle indienne aux mystérieuses narrations – et avec Gnosis, enfin présenté dans son intégralité après une première mondiale réduite en 2009 pour cause de blessure, le danseur d’origine bangladeshie retrace sa propre transformation, du classicisme indien à l’extraordinaire mélange de la seconde partie.

L’organisation de la soirée laisse d’abord perplexe – Gnosis, est-ce la somme des deux moitiés de la soirée, avec leurs prémices très différents, ou plutôt la pièce courte du même nom qui intervient après l’entracte et modifie complètement l’optique de la soirée ? Akram Khan apparaît d’abord sur scène dans une tenue traditionnelle, des ghunghurus (petits grelots) à ses chevilles, et entreprend de revisiter le classicisme de deux de ses premières oeuvres, Polaroid Feet et Tarana, pour lesquelles il avait travaillé avec deux chorégraphes indiens. Entouré de ses cinq musiciens, il offre ce qui ressemble à une démonstration de kathak – des solos assurés, limpides, d’une élégance raffinée. Les Indiens parlent de leurs danseurs comme de “musiciens du corps”, et c’est un trait qu’ils partagent avec le flamenco : une sensibilité musicale au-delà de ce que l’oreille perçoit, traduite ici par un dialogue intuitif avec les instruments. La difficulté est constamment déguisée, l’assurance du jeu de jambes servant à mettre en valeur l’incroyable fluidité du centre et la précision de ses bras, aux formes visiblement chargées de sens. Même les tours les plus virtuoses, tourbillonnant à la surface de la scène sans quitter le sol, possèdent une intégrité formelle qu’Akram Khan semble garder enraciné en lui. (…)

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Gnosis (Akram Khan) © Richard Haughton

Gnosis (Akram Khan) © Richard Haughton





March 26, 2010

Critique : Sidi Larbi Cherkaoui, à la rencontre des moines Shaolin

Laura @ 19:08 —
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Sutra
Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui
Création visuelle : Antony Gormley
Musique : Szymon Brzóska
Sadler’s Wells, Londres
15 mars 2010

Précédé par des critiques triomphales, riche désormais de 90 représentations dans 18 pays, Sutra, fruit de la collaboration entre Sidi Larbi Cherkaoui et les moines du temple Shaolin, était ce mois-ci de retour a Sadler’s Wells. Si le programme arbore fièrement des photos de l’équipe en tournée autour du monde, de la tour Eiffel à Singapour, cet indéniable succès semble avoir gardé toute son âme sur scène – Sidi Larbi Cherkaoui continue en effet à y proposer une délicate rencontre des cultures, dépourvue d’effets faciles, magnifiée par les décors d’Antony Gormley et la musique originale de Szymon Brzóska.

Le rideau s’ouvre sur un jeune moine, Shi Yandong, qui fait face au seul “étranger” de la piece, le danseur Ali Ben Lofti Thabet. Entre eux, des reproductions miniatures des grandes boîtes en bois qui constituent les décors de l’oeuvre, et dont sortent les moines sous l’impulsion du danseur. Leurs mouvements, en équilibre sur les arêtes de ces lits imaginaires, ont quelque chose de l’eau qui dort – organiques, fluides, imprévisibles. Sidi Larbi Cherkaoui n’insiste pas sur leur virtuosité, née de techniques guerrières bouddhistes également destinées à cultiver l’esprit, et c’est ce parti pris qui donne toute sa beauté au spectacle, laissant de côté les clichés. Les larges boites, empilées et mélangées, deviennent ainsi tour à tour labyrinthe, fleur de lotus, arche ou forêt de bois, a la fois austères et travaillées par le temps ; l’étrange liberté des moines dans ce décor lui donne l’air d’une nature ou d’un temple métaphoriques, et leur rapport à l’espace est nimbé de respect, sans peur, jusque dans les airs.  (…)

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Sutra © Andree Lanthier

Sutra © Andree Lanthier





March 17, 2010

Critique : Richard Alston et quelques invités

To Dance and Skylark / Movements from Petrushka / Overdrive
Richard Alston Dance Company

Chorégraphie : Martin Lawrance, Richard Alston
Sadler’s Wells Theatre, Londres
3 mars 2010

Pur produit du milieu de la danse contemporaine anglaise, Richard Alston, directeur artistique de The Place, l’un des lieux de danse les plus prestigieux de Londres, possède aujourd’hui une compagnie à son image. Danseurs et esthétique y sont réminiscents de la Rambert Dance Company, institution locale que Richard Alston a dirigé pendant six ans ; le style, dansant, vivant, musical, rappelle l’héritage de Mark Morris. De passage à Sadler’s Wells pour deux dates seulement, la compagnie, qui propose entre deux et quatre créations par an, offrait un aperçu du répertoire qu’elle a construit en 15 ans d’existence – dominé par le travail de Richard Alston, mais qui donne également sa chance, depuis plusieurs saisons, au jeune chorégraphe Martin Lawrance.

Ce dernier ouvrait le programme avec To Dance and Skylark, l’une des dernières créations de la compagnie. Chorégraphier Bach n’a rien d’évident, mais Martin Lawrance, qui est un ancien interprète d’Alston, attaque les Concertos Brandebourgeois n° 2 et 3 avec légèreté et lucidité – la filiation avec le directeur de la compagnie et d’autres maîtres est évidente dans cette pièce abstraite, qui repose toute entière sur la musique, et en tire dans ce cas précis toute sa liberté. Une première partie voit des groupes en bleu et gris se faire et se défaire au fil de la partition avec un naturel désarmant, en attendant le pas de deux plus grave dansé par Anneli Binder et l’excellent Ira Mandela Siobhan – mais la mélancolie semble à peine exister dans ce monde baroque, et la compagnie revient tout de rouge et orange vêtue, s’appuyant joyeusement sur la musique, véritable bouffée d’air frais. Cette alliance de la musique baroque et de la danse pure n’est pas nouvelle (Kylián ou Mark Morris y ont contribué), mais To Dance and Skylark en joue sans complexes, et le style de Martin Lawrance ne manque pas d’intérêt. Les pas s’inspirent souvent librement de la technique classique, et son travail avec le sol, tout en élasticité, donne un ressort plein de vivacité aux danseurs, qui s’élancent sans préparation visible. La liberté des ports de bras ajoute à l’insouciance de l’oeuvre, qui suit fidèlement les impulsions de Bach. “All hands to dance and skylark” était apparemment un ordre donné aux marins en manque d’exercice – ceux-ci grimpaient alors au gréement du bateau pour se remettre en forme, et la création de Lawrance, sans éblouir tout à fait, garde quelque chose d’une grisante gymnastique de plein air. (…)

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Movements from Petrushka © Catherine Ashmore

Movements from Petrushka © Catherine Ashmore





February 25, 2010

Critique : Eva Yerbabuena, l’étrangère

Laura @ 00:57 —
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Lluvia
Eva Yerbabuena
Sadler’s Wells (Flamenco Festival), Londres
17 février 2010

Lluvia commence sur une image classique : une danseuse seule, traversant une foule en noir, y exprimant sa solitude. Quelques touches contemporaines viennent consolider l’image, mais c’est Eva Yerbabuena, en blanc, qui rend sa force au lieu commun. Lluvia (Pluie) est de son propre aveu son oeuvre la plus mélancolique, et la danseuse de flamenco, qui parcourt le monde avec sa propre compagnie depuis 1998, s’y donne le rôle de l’étrangère. Etrangère ou presque aux quatre danseurs qui l’accompagnent et forment leur propre communauté – étrangère aux musiciens dont elle habite si puissamment les mélodies. Son passage à Sadler’s Wells, cette semaine, dans le cadre d’un Flamenco Festival qui met à l’honneur des femmes qui ont renouvelé le genre, n’en était que plus touchant.

Eva Yerbabuena, qui a fait ses classes à Grenade, Séville et La Havane, sait visiblement s’entourer, et ce nouveau spectacle est un écrin qui met en valeur sa différence. La toile de fond représente un mur de briques qui laisse deviner un intérieur encombré et, de l’autre côté d’un porche, les musiciens de l’œuvre, qui portent Lluvia, d’une scène à l’autre. Parmi eux, quatre chanteurs répondent aux quatre danseurs d’Eva Yerbabuena – une longue scène gaie et ironique est dédiée à cette communauté de flamenco qui se retrouve autour d’une table ou en cercle, s’encourageant les uns les autres. Eva Yerbabuena traverse ce passage, légèrement incongru dans l’atmosphère sombre de l’oeuvre, comme une femme qui a vieilli, à la folie étrangère au reste du groupe, à la fois puissante, parée de tous ses atours et reléguée en bordure du monde. Elle danse, brillamment, à en perdre plusieurs fois son peigne – et disparaît, laissant la scène au groupe qui poursuit la fête. (…)

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<Eva Yerbabuena in Lluvia © Rueben Martin

Eva Yerbabuena in Lluvia © Rueben Martin





February 16, 2010

Interview : Yuhui Choe

(scroll down for the English version)

Interview de la délicieuse Yuhui Choe pour Dansomanie, en traduction française :

Yuhui Choe © The Royal Ballet

Yuhui Choe © The Royal Ballet

A l’heure où Miyako Yoshida s’apprête à tirer sa révérence au Royal Ballet après une longue carrière, une autre danseuse venue du Japon s’impose lentement mais sûrement sur la scène londonienne : Yuhui Choe, qui est née à Fukuoka mais a fait ses classes à Paris avec Daini Kudo et Dominique Khalfouni. Après une médaille d’argent au Concours International de Paris en 2000, le Prix de Lausanne lui a permis, deux ans plus tard, de laisser de côté ses rêves français pour intégrer le Royal Ballet. Un choix qui s’est révélé fructueux – distribuée dans le pas de deux de l’Oiseau bleu dès sa titularisation, en 2004, elle devient Première Soliste en 2008 sans même être passée par l’échelon de Soliste, et fait ses débuts dans La Bayadère aux côtés de Sergueï Polunin. Distribuée dans Petipa comme dans Balanchine, elle participe également aux créations de Wayne McGregor et Jonathan Watkins. La pureté cristalline de sa danse et la délicatesse de ses ports de bras en font surtout l’une des héritières naturelles du répertoire de Frederick Ashton, et 2010 devrait lui appartenir avec deux nouveaux rôles de premier plan – La Fille mal gardée et Cendrillon.

Comment avez-vous commencé la danse au Japon?
Quand j’ai eu 5 ans, ma mère m’a poussé à apprendre quelque chose, le piano ou la danse – quelque chose d’artistique. De manière complètement spontanée, j’ai choisi la danse, mais je n’y avais jamais vraiment songé auparavant. Ma mère m’a emmenée à des cours de danse classique aux alentours de Fukuoka, où nous habitions, et j’ai encore le souvenir de mon tout premier cours : l’image est gravée dans ma mémoire, je me souviens de tout, j’étais tellement enthousiaste.

Quels ont été les professeurs qui vous ont le plus influencée?
Daini Kudo en fait partie. Il est installé en France, et je l’ai rencontré à l’âge de quatorze ans – il était alors sur le point d’ouvrir une école de danse pour étudiants japonais à Paris. J’avais toujours voulu aller à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris, et c’est pour cette raison que je suis partie pour la France. Elisabeth Platel était une véritable source d’inspiration pour moi à l’époque – je voulais aller là-bas, étudier son élégance, être comme elle. (…)

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And meet The Royal Ballet’s First Soloist in English:

Miyako Yoshida may be about to take her last steps on the stage of the Royal Opera House, but another dancer from Japan has been quietly making her mark at Covent Garden : Yuhui Choe, who was born in Fukuoka. She spent her teenage years training in France with Daini Kudo and Dominique Khalfouni and won a Silver Medal at the last Paris International Dance Competition. She had hoped to stay and work in France, but when a Prix de Lausanne Prize awarded her the opportunity to join the Royal Ballet in 2002, she decided to give it a try.

And London has proved to be an outstanding fit for the lyrical, innately musical Choe. Cast as Princess Florine in The Sleeping Beauty during her second year with the company, she jumped a rank to become a First Soloist in 2008, and went on to dance her first full-length ballet, La Bayadère. She has created works for Wayne McGregor or Jonathan Watkins, but her classical purity and cristalline phrasing also single her out as a natural heiress to the Ashton repertoire – and with debuts in La Fille mal gardée and Cinderella already scheduled for April, 2010 may well be her year.

How did you start dancing in Japan?
When I was 5, my mother wanted me to learn something, and she suggested I learned piano or dance – something artistic. From out of nowhere I said dance, but I had never really thought about it before. My mom took me to ballet classes around Fukuoka, where we lived, and I recall the first time I went to a ballet class: it’s a clear picture in my mind, I remember everything, I was so enthusiastic.

Who were the most influential teachers in your training?
Daini Kudo is one. He is based in France, and I met him when I was 14 – he was then about to open a ballet school for Japanese students in Paris. I had always wanted to go to the Paris Opera Ballet School, and that’s why I went to France. Elisabeth Platel was such an inspiration at the time – I wanted to go there and study her elegance, to be like her. (…)

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Yuhui Choe in La Bayadère © Bill Cooper

Yuhui Choe in La Bayadère © Bill Cooper

Yuhui Choe will appear at the Royal Opera House in Jonathan Watkins’s As One in February-March, in La Fille mal gardée on 5 April and in Cinderella on 17 April.





December 25, 2009

A Mariinsky Christmas!

The Mariinsky Ballet is already in Baden-Baden for their traditional Christmas tour at the Festspielhaus, and here are a few official photos from the scheduled La Sylphide and Gala as seasonal greetings. Merry Christmas everyone!

Joyeux Noël à tous – une fin d’année célébrée par le Mariinsky, comme le veut la tradition, par une tournée à Baden-Baden. Photos de La Sylphide et du Gala à venir en guise de calendrier de l’Avent tardif!

Evgenia Obraztsova and Leonid Sarafanov in La Sylphide © Natasha Razina

Evgenia Obraztsova and Leonid Sarafanov in La Sylphide © Natasha Razina

Evgenia Obraztsova and Leonid Sarafanov in La Sylphide © Natasha Razina

Evgenia Obraztsova and Leonid Sarafanov in La Sylphide © Natasha Razina

Leonid Sarafanov and the Mariinsky Ballet in La Sylphide © Natasha Razina

Leonid Sarafanov and the Mariinsky Ballet in La Sylphide © Natasha Razina

Ekaterina Kondaurova and Evgeny Ivanchenko in Robbins' In The Night © Natasha Razina

Ekaterina Kondaurova and Evgeny Ivanchenko in Robbins' In The Night © Natasha Razina

Elena Evseyeva and Filipp Stepin in Markitanka © Natasha Razina

Elena Evseyeva and Filipp Stepin in Markitanka © Natasha Razina

Anastasia & Denis Matvienko in Don Quixote © Natasha Razina

Anastasia & Denis Matvienko in Don Quixote © Natasha Razina

Viktoria Tereshkina and Vladimir Shklyarov in Theme & Variations © Natasha Razina

Viktoria Tereshkina and Vladimir Shklyarov in Theme & Variations © Natasha Razina

Many thanks to the Festspielhaus Baden-Baden.





December 19, 2009

Critique : Facettes hivernales d’Ashton

Laura @ 18:41 —
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Les Patineurs / Tales of Beatrix Potter
Chorégraphie : Sir Frederick Ashton
Royal Ballet
Royal Opera House, Londres
14 décembre 2009


Toutes les alternatives à Casse-Noisette sont presque les bienvenues au mois de décembre, et le Royal Ballet reprenait cette année une soirée mixte à la popularité éprouvée. Sur le papier, la présence de Frederick Ashton et les thèmes respectifs des Patineurs et de Tales of Beatrix Potter donnent par ailleurs une identité typiquement anglaise à l’ensemble, loin des grands ballets hybrides auxquels chaque culture cherche à apporter sa marque – mais si la première partie est un délice hivernal qui se suffit à lui-même, Beatrix Potter marque une forme de retour en enfance dont on se passerait volontiers.

Un charme à la fois suranné et amusé émane des Patineurs, l’une des oeuvres de jeunesse d’Ashton, chorégraphiée en 1937. Les protagonistes, élégamment vêtus, se succèdent sur une « glace » entourée de légers portiques blancs, sous des lampions d’hiver multicolores. Créé si peu de temps avant la Seconde Guerre Mondiale, Les Patineurs célèbre une certaine carte du Tendre, à la légèreté éphémère, déjà nostalgique – fourrures et socquettes ont quelque chose d’adorablement décalé, et le tout ressemble à un calendrier de l’Avent enneigé, dont la nature n’est pas de durer.

La chorégraphie n’est pas en reste, musicale, légère, parsemée de touches d’humour que les danseurs soulignent à plaisir. Ainsi de l’entrée entre patinage et ski de fond des deux Filles en Bleu, avec leur sourire en coin, ou des sorties « chassées » et des chutes mises en scène des uns et des autres, délicieusement ridicules. Même l’unique couple de l’oeuvre, en blanc, joue une partition aux dissonances pleines de grâce – Sarah Lamb, éblouissante en blanc, possède le glamour d’une star de cinéma de l’entre-deux-guerres, tandis que Rupert Pennefather adopte le rôle de son fidèle miroir. Le duo de demoiselles en bleu est quant à lui dansé avec un esprit tout anglais par Yuhui Choe (sourire malicieux et fouettés d’acier) et Laura Morera, pour qui les difficultés techniques sont une promenade au parc d’à côté. (…)

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Steven McRae in Les Patineurs © Tristram Kenton

Steven McRae in Les Patineurs © Tristram Kenton





December 1, 2009

Critique : Visages candides de Casse-Noisette

Laura @ 13:32 —
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Casse-Noisette
Production, chorégraphie et scénario : Peter Wright (1984)
Royal Ballet
Royal Opera House, Londres
26 novembre 2009
Avec : Miyako Yoshida, Steven McRae, Iohna Loots, Ricardo Cervera, Gary Avis…

Le Casse-Noisette de Peter Wright est presque devenu synonyme de Noël dans le monde de la danse anglaise, tant il est omniprésent pendant les fêtes – au Royal Opera House, évidemment, mais également à Birmingham dans une version modifiée pour le Birmingham Royal Ballet qui a souvent les faveurs du public. Le Royal Ballet fête cette année le vingt-cinquième anniversaire de ce pilier du répertoire, déjà dansé plus de trois cents fois, mais dont l’histoire retravaillée conserve une candeur joyeuse.

Cette version a le mérite d’aller au bout d’une idée reçue – celle que Casse-Noisette est un charmant ballet familial destiné à divertir pendant l’hiver, avec sa magie, ses flocons virevoltants et ses improbables batailles de soldats et de souris. Peter Wright a corrigé le livret originel pour donner plus de consistance au personnage du Casse-Noisette, devenu Hans-Peter, le neveu de Drosselmeyer, emprisonné dans un jouet par une impitoyable Reine des Souris. Clara le délivre donc, et le deuxième acte, au Royaume des Sucreries, est un divertissement donné en leur honneur par Drosselmeyer. Ces ajouts narratifs rendent parfois l’histoire plus cohérente, mais ont aussi tendance à mettre en évidence les ficelles dramatiques quelque peu lâches du ballet – si Balanchine a dit un jour qu’il n’y avait pas de belles-mères dans cet art, il n’est pas certain non plus qu’il y ait des oncles.

Mais Casse-Noisette vaut rarement pour la force de sa narration, et Peter Wright joue avec art la carte du grand divertissement. De l’atelier de Drosselmeyer, sur lequel s’ouvre et se ferme le ballet, au royaume de la Fée Dragée, en passant par l’impressionnante transformation d’un rutilant sapin, le Royal Ballet a poli tous les détails de la production. Les intérieurs et les costumes de la fête apportent une touche victorienne qui contraste avec l’explosion de sucre du second acte, et rappelle les valeurs d’ancien régime qui prévalaient à l’époque de la nouvelle d’Hoffmann. Quant au merveilleux, il est traité sans détours, avec une candeur qui autorise également le public à suspendre le doute et entrer dans le rêve – la chaleur qui émane de l’interprétation explique sans doute la réaction enchantée de la salle, même si certains détails provoquent un amusement inattendu (l’armée d’anges de Noël, notamment).

(…)

Avouons cependant que l’un des attraits principaux de cette représentation était la présence dans le rôle de la Fée Dragée de Miyako Yoshida. La ballerine japonaise ayant annoncé il y a quelques jours qu’elle prendrait sa retraite à la fin de la saison, ces Casse-Noisette sont un premier au revoir, dans un rôle qu’elle a marqué ; immortalisée en DVD avec Jonathan Cope, elle a par ailleurs dansé la plupart des premières de cette version de Peter Wright ces dix dernières années. Sa biographie ne s’arrête pas là, mais peu importe ; elle montre sur scène à quel point sa danse a gardé une délicatesse et une fraîcheur surannées. La technique n’est là qu’à demi-mot, implicite, mais les années semblent ne jamais l’avoir altérée. Ses lignes, dominées par une impressionnante sérénité du haut du corps, sont d’une perfection ancienne et modeste. C’est une ballerine radieuse qui prend discrètement possession de la scène, et la voir, cette année, est un privilège. (…)

» La critique complète sur Dansomanie (lien temporaire)

Miyako Yoshida & Steven McRae dans Casse-Noisette © Johan Persson, 2009

Miyako Yoshida & Steven McRae dans Casse-Noisette © Johan Persson, 2009





November 22, 2009

Critique : De Balanchine à McGregor, quelques torsions

Agon / Sphinx / Limen
Balanchine / Tetley / McGregor
Royal Ballet
Royal Opera House, Londres
18 novembre 2009

Le Royal Ballet n’ignore pas l’une des recettes les plus fréquentes des soirées mixtes : un grand classique, une œuvre qui a fait ses preuves, et une création mondiale. La compagnie l’appliquait à la lettre cet automne avec un programme venu s’insérer entre La Belle au bois dormant et Casse-Noisette – une touche de vingtième siècle bienvenue, mais qui reste une parenthèse plus ou moins naturelle pour les danseurs. Si Agon a quelque chose d’incongru dans ce contexte, l’étrangeté devient beauté dans Sphinx et Limen – le temps de quelques interprétations.

Le Balanchine d’Agon n’est sans doute pas celui qui va le mieux au Royal Ballet. Ascétique à l’extrême avec ses simples justaucorps noirs et son fond bleu, l’œuvre exige une concentration absolue sur la partition de Stravinsky, dont elle tire l’intégralité de ses moyens. Malheureusement, la compagnie anglaise possède une musicalité veloutée qui s’en accommode mal, elle qui arrondit les angles et adoucit les accents – manque la pointe de danger, l’ultime ingrédient moderne. Dans le premier pas de trois, Samantha Raine et Yuhui Chœ n’ont pas tout à fait quitté Petipa et leurs oripeaux de fées, même si Ivan Putrov s’acquitte de sa tâche à leurs côtés. Mara Galeazzi, dans le tableau suivant, passe légèrement à côté de la musique, malgré un style approprié. Cet Agon valait pourtant pour le pas de deux final de Melissa Hamilton et Carlos Acosta, tout en tensions, dans laquelle la jeune soliste se joue du sous-texte érotique face à un partenaire autrement plus expérimenté. Certainement moins anglaises que balanchiniennes, sa technique et son audace en scène devraient faire parler d’elle.

Contrairement au chef-d’œuvre éprouvé qu’est Agon, le Sphinx créé en 1977 par Glen Tetley a déchaîné les passions. Pourquoi une telle entrée au répertoire, alors que beaucoup jugent son esthétique datée? Cette œuvre inspirée par La Machine infernale a pourtant des qualités, et s’est révélée être un fascinant véhicule pour son trio de danseurs. Soit le second acte de la pièce de Cocteau, et son explication de la victoire d’Œdipe sur le Sphinx ; celui-ci devient un être féminin gardé par le dieu Anubis qui, lassée de son existence, tombe amoureuse d’Œdipe et lui donne la réponse à l’énigme. Marianela Nuñez est un Sphinx de toute beauté, dont la puissance mi-humaine mi-animale fait exister l’œuvre – l’Œdipe de Rupert Pennefather est à la fois proie et objet de désir pour cet être indéfinissable, aux lignes de panthère. Edward Watson flirte avec les limites de l’humanité dans le rôle de l’implacable Anubis. Ce Sphinx n’insiste pas sur la narration, mais son interprétation cynique et ouverte du mythe a des affinités passionnantes avec Cocteau et propose une danse expressionniste devenue rare aujoutd’hui. (…)

» La critique complète sur ResMusica

Melissa Hamilton et Carlos Acosta dans Agon (Balanchine) © Bill Cooper

Melissa Hamilton et Carlos Acosta dans Agon (Balanchine) © Bill Cooper





November 21, 2009

Critique : L’éloquence muette de Cyrano

Laura @ 13:13 —
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Cyrano
Birmingham Royal Ballet
Sadler’s Wells Theatre, Londres
14 novembre 2009

La question des grands ballets narratifs, souvent appréciés du public, fait trébucher bien des compagnies classiques. Est-il encore possible d’en créer de A à Z ? Vaut-il mieux remonter des productions qui ont déjà fait leurs preuves ? Le Birmingham Royal Ballet prouve avec la manière que l’option création est encore et toujours possible, avec une adaptation de Cyrano de Bergerac, la pièce d’Edmond Rostand, qui donne foi en la danse théâtrale.

La distribution de la création, de retour à Sadler’s Wells ce mois-ci, y en est pour beaucoup, mais l’intégration de tous les éléments est peut-être l’aspect le plus impressionnant de ce Cyrano. David Bintley, chorégraphe et directeur de la compagnie, a réuni les moyens nécessaires à la création d’une partition originale, ainsi que de décors et costumes évoquant de manière très littérale l’époque de la pièce. Le compositeur, Carl Davis, se met habilement au service de l’action, et l’ensemble sert ainsi d’écrin à une chorégraphie classique digne d’attention. La pièce y est brillamment adaptée à l’univers de référence de la danse, et on retrouve l’alternance d’humour et de pathos du mélodrame – les pointes humoristiques, notamment, sont d’une précision délicieuse, qu’il s’agisse de la parodie d’Adage à la Rose réalisée par un cuisinier qui connaît quelques rhumatismes ou des détails du mime. Les épées n’ont pour une fois rien de jouets dans les passages de confrontation, dirigés avec art par Malcolm Ranson, mais l’ironie revient toujours et Cyrano utilise quelques demoiselles enamourées comme seconde arme contre Valvert. Quant à l’émotion, la dernière scène, lente, au cours de laquelle Cyrano blessé trahit son amour à Roxane, vaut bien des grands moments de théâtre.

Robert Parker domine la scène après un récent congé d’un an – revenu à la danse, il se fond dans un rôle-titre qu’il a créé en 2007. On a du mal à imaginer Cyrano de Bergerac orphelin de sa plume, d’ailleurs représentée sur le rideau de scène, mais l’éloquence du geste l’évoque étonnamment dans cette production. Des « monologues » au mime simple et expansif permettent de dire les lettres à Roxane – ainsi de la scène dans laquelle les gestes symboliques, sous le balcon de l’héroïne, s’oublient finalement dans une variation échevelée. Robert Parker mêle grotesque et sublime de manière fine, revenant à l’essence du personnage romantique, à son panache tragique. A ses côtés, Elisha Willis campe une Roxane coquette et volontaire. Juliette rêveuse à son balcon, ses lignes délicates et féminines forment un contre-point nécessaire à la compagnie d’hommes qui est au centre du ballet. Quant à sa présence en travesti dans le camp en guerre dans le dernier acte, menant le corps de ballet masculin, elle rappelle irrésistiblement la variation de Medora déguisée en pirate dans Le Corsaire, et cette prise de pouvoir donne une dimension extrêmement intéressante au rôle de la jeune première. La tragédie de Cyrano est au fond également la sienne et Elisha Willis l’incarnera avec force dans la dernière scène. Iain Mackay, de retour en tant qu’invité après son départ pour le Corella Ballet, rend lisible auprès d’elle la spontanéité presque naïve de Christian, et complète le trio fatal de manière absolument instinctive, assisté par un Le Bret (Aaron Robison) extrêmement assuré. (…)

» La critique complète sur ResMusica

Des vidéos sont également disponibles sur le site du Birmingham Royal Ballet : Carl Davis parlant de sa partition pour Cyrano, David Bintley et Robert Parker évoquant le fameux nez de Cyrano, et Iain McKay et Elisha Willis en répétitions pour le pas de deux du second acte.

Elisha Willis (Roxane) et Iain Mackay (Christian) dans Cyrano © Bill Cooper

Elisha Willis (Roxane) et Iain Mackay (Christian) dans Cyrano © Bill Cooper





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