November 8, 2011

L’aventure de La Source

La Source était l’un des évènements majeurs de la saison 2011-2012 de l’Opéra de Paris, et cette réinvention signée Jean-Guillaume Bart d’un ballet du XIXe siècle a su pour l’instant rencontrer son public. J’ai eu l’occasion de contribuer au programme du spectacle via une interview de Brigitte Lefèvre, directrice de la danse – du couturier Christian Lacroix à deux membres de la Comédie-Française, Eric Ruf et Clément Hervieu-Léger, cette Source s’est en effet construite autour de collaborations qu’elle a orchestrées. Petit aperçu de son regard sur le projet :

     Couverture du programme de La Source (saison 2011-2012) © Opéra National de Paris

Couverture du programme de La Source (saison 2011-2012) © Opéra National de Paris

Pourquoi réinventer La Source ?
J’ai été très touchée par le projet de Jean-Guillaume Bart, d’abord parce que c’est lui : c’est une personnalité empreinte de ferveur, de rigueur, d’amour de son art. Dans le studio, avec les danseurs de l’Opéra, ces valeurs respirent et contribuent à créer un moment particulièrement privilégié. Le fait que son choix se porte sur un ballet oublié de notre répertoire m’a également paru important. La Source était véritablement enfouie, souterraine dans les mémoires. Seule sa musique nous avait été transmise à travers Soir de fête de Léo Staats, un ballet ayant joué un rôle primordial dans l’histoire de la compagnie.

Jean-Guillaume Bart nourrit ce projet depuis longtemps…
Il est venu me parler de La Source dès 1997 et m’a montré le livret d’origine. L’idée de se lancer dans une reconstruction l’effleurait alors, mais le livret était complexe. Il avait quelque chose de décalé et représentait une difficulté trop importante. J’ai suggéré à Jean-Guillaume de s’orienter vers une nouvelle création. La mise en place du projet a demandé plusieurs années, mais le temps nous a finalement donné une chance supplémentaire, car Jean-Guillaume a pu apporter une autre maturité à son travail. (…)

« L’aventure de La Source », Programme de l’Opéra National de Paris, saison 2011-2012, p. 68-69.

La suite dans le programme en vente au Palais Garnier ou à l’Opéra Bastille – les représentations se poursuivent jusqu’au 12 novembre.

» La Source sur le site de l’Opéra de Paris (distributions, diaporama, vidéos de présentation…)





August 15, 2011

Le Mariinsky et Londres, une histoire d’amour ?

Le Ballet du Mariinsky était de retour à Londres cet été, et j’ai eu le plaisir d’assister à leurs deux derniers programmes sur la scène du Royal Opera House, Anna Karénine et La Bayadère. Pas de critique cette fois, mais un petit papier d’information pour Le Monde, paru dans l’édition du 13 août :

A Covent Garden, au coeur de Londres, les rumeurs d’émeutes semblent venir d’un autre monde. Le Ballet du Théâtre Mariinski, l’un des joyaux de la danse classique, y célèbre jusqu’au 13 août le 50e anniversaire de sa première tournée en Europe de l’Ouest, et a déployé à cette occasion ses moyens les plus raffinés au Royal Opera House. Six programmes se sont succédé depuis fin juillet, et de Petipa à Balanchine et Robbins, du Lac des cygnes à La Bayadère, le faste de l’ensemble a conquis le public.

Au printemps 1961, Paris et Londres découvraient pour la première fois la compagnie russe, fondée au XVIIIe siècle et rebaptisée Kirov par les autorités soviétiques. La troupe recrée le grand répertoire classique, dont le style est jalousement gardé à Saint-Pétersbourg : noblesse, harmonie des lignes, expressivité, corps de ballet d’une homogénéité et d’un lyrisme inégalés. (…)

» Lire l’article complet sur Le Monde.fr

Ulyana Lopatkina and Danila Korsuntsev in Swan Lake © Natasha Razina

Ulyana Lopatkina and Danila Korsuntsev in Swan Lake © Natasha Razina





April 19, 2011

Vérone ou l’urgence de vivre

Laura @ 12:25 —
Filed under: Français,Other — Tags: , , ,

A Londres comme à Paris, le Roméo et Juliette de Rudolf Noureev est de retour sur le devant de la scène cette saison, et malgré son statut d’outsider face aux populaires versions de Kenneth MacMillan ou de John Cranko, cette lecture de Shakespeare continue à se démarquer par ses trouvailles dramaturgiques et scénographiques. Comme pour Le Lac des cygnes en décembre, je suis revenue pour le programme officiel de l’Opéra de Paris sur la genèse chorégraphique et théâtrale du ballet, présenté à l’Opéra Bastille jusqu’à la fin du mois d’avril. Petit extrait de l’article :

Couverture du programme 2010-2011 de Roméo et Juliette © Opéra National de Paris

Couverture du programme 2010-2011 de Roméo et Juliette © Opéra National de Paris

Œuvre de la consécration avec Margot Fonteyn puis symbole du chorégraphe, Roméo et Juliette aura rarement quitté Rudolf Noureev. Né l’année où Serge Prokofiev présenta pour la première fois sa désormais célèbre partition, il chercha en effet dès le début des années 1960 à convaincre Léonid Lavrovski, auteur de la chorégraphie de 1940 pour le Ballet du Mariinski, de monter celle-ci à Londres pour Margot Fonteyn et lui-même. L’affaire ne sera jamais conclue, mais un autre chorégraphe va permettre au couple de stars d’incarner les amants maudits : Kenneth MacMillan, qui crée sa propre version pour le Royal Ballet en 1965. Pour le jeune danseur russe, identifié à l’époque au répertoire classique de Saint-Pétersbourg, c’est l’occasion d’incarner « un héros abstrait » ou « l’un de ces princes-marionnettes, mais tout simplement un être humain ». Noureev chorégraphe ne fera que renforcer le réalisme du drame tout en naviguant vers la fin de sa carrière entre les rôles de Roméo et de Mercutio, troublants échos de deux facettes de sa personnalité : l’urgence de vivre au cœur du drame et la « drôlerie volubile » d’un clown tragique.

En 1977, cependant, Noureev n’a encore chorégraphié pratiquement aucun ballet ex nihilo, et a même cessé depuis bientôt dix ans de remonter les grands ballets de Petipa. Lorsque le London Festival Ballet l’invite à lui donner un Roméo et Juliette capable de concurrencer celui de MacMillan, qui tient toujours le haut de l’affiche à Covent Garden, c’est donc un chorégraphe nouveau qui s’attaque à l’œuvre de Shakespeare : le fils prodigue de l’école Vaganova s’est entre-temps nourri de styles nouveaux, de Paul Taylor à Martha Graham. Sa Vérone, ardente et colorée, sensuelle et brutale, va ainsi s’éloigner des structures classiques de Petipa et même du livret traditionnel de Prokofiev et Lavrovski pour mieux rendre le drame à sa violence élisabéthaine. (…)

« Vérone ou l’urgence de vivre », Programme de l’Opéra National de Paris, saison 2010-2011, pp. 40-43.

Pour la suite, direction le programme en vente au Palais Garnier ou à l’Opéra Bastille…





December 14, 2010

Un Lac pour Paris

Le Lac des Cygnes est de retour à l’Opéra Bastille pour les fêtes, avec en prime une série de prises de rôle et une invitée de marque, Ouliana Lopatkina (voir mon post en anglais sur la saison du Ballet de l’Opéra). La version que Rudolf Noureev a laissé en héritage à la compagnie, à la fois froide et psychanalytique, n’a pourtant pas grand-chose du joyeux conte de Noël, et à l’occasion de cette reprise, j’ai écrit un article sur ses spécificités dramatiques et chorégraphiques pour le programme officiel de l’Opéra de Paris. Petit extrait en guise de teaser :

Couverture du programme 2010-2011 du Lac des Cygnes © Opéra National de Paris

Couverture du programme 2010-2011 du Lac des Cygnes © Opéra National de Paris

« Le Lac des cygnes n’est pas encore un ballet français », écrivait Anna Kisselgoff dans le New York Times dans les années 1980. De fait, ce chef-d’œuvre de Tchaikovski, sublimé à l’origine par la chorégraphie de Petipa et Lev Ivanov et le lyrisme inné de l’école de Saint-Pétersbourg, reste avant tout un élément-clé de l’identité du ballet russe. L’œuvre n’arrive à Paris dans son intégralité qu’en 1960, dans une version de Vladimir Bourmeister qui fait écho aux traditions du Bolchoï. Lorsque Rudolf Noureev, autre Russe, décide finalement d’offrir au Ballet de l’Opéra sa propre version, vingt-quatre ans plus tard, le résultat semble à même de balayer toutes les réticences. En s’attachant à passer le conte de fées au crible de la modernité tout en préservant les légendaires passages chorégraphiques hérités du XIXe siècle, cette mise en scène s’impose comme ce dont Paris avait besoin : un Lac qui fait le lien entre ses racines russes et l’école française.

Noureev affranchit en premier lieu Le Lac d’éléments dramaturgiques et scénographiques ancrés dans la tradition russe, mais qui tendent à vieillir le propos du ballet. Plus de cour en carton-pâte visant à représenter un Moyen Âge folklorique, plus de bouffon, surtout, ce rôle virtuose inventé par Alexandre Gorski qui rendait triviales les scènes de cour de la version Bourmeister. Le conte tout entier est mis en abyme autour de la silhouette solitaire du prince : le rideau se lève sur Siegfried endormi, aux prises avec un prologue digne d’un cauchemar qui voit un oiseau de proie (Rothbart) transformer une princesse en cygne et s’envoler avec sa prisonnière. Le ballet s’achèvera sur cette même image, comme si toute l’histoire n’avait été qu’une hallucination du héro, une fiévreuse projection mentale – idée confirmée par le décor unique et austère qu’Ezio Frigerio oppose aux décors peints traditionnels, et qui va dans le sens d’une abstraction du conte. Son « palais glacial » accueille à la fois la cour et le monde rêvé des cygnes, et la narration passe ainsi sans interruption d’un visage à l’autre de la psyché du prince, partagé entre une réalité oppressante et l’« ailleurs » idéal qu’il s’est choisi comme échappatoire. (…)

« Un Lac pour Paris », Programme de l’Opéra National de Paris, saison 2010-2011, pp. 66-68.

A lire en intégralité dans le programme en vente à l’Opéra Bastille et au Palais Garnier !





May 12, 2010

Critique : Akram Khan en concert

Laura @ 01:08 —
Filed under: Français,Reviews/critiques — Tags: ,

Gnosis
Akram Khan
Sadler’s Wells, Londres
26 avril 2010

Akram Khan est devenu un symbole au Royaume-Uni – celui d’une danse multiculturelle, capable de naviguer entre ses racines traditionnelles et les scènes contemporaines sans négliger les collaborations possibles avec des artistes venus d’autres genres, d’Anish Kapoor à Juliette Binoche. On en oublierait presque qu’Akram Khan a été formé avant tout au kathak, cette danse traditionnelle indienne aux mystérieuses narrations – et avec Gnosis, enfin présenté dans son intégralité après une première mondiale réduite en 2009 pour cause de blessure, le danseur d’origine bangladeshie retrace sa propre transformation, du classicisme indien à l’extraordinaire mélange de la seconde partie.

L’organisation de la soirée laisse d’abord perplexe – Gnosis, est-ce la somme des deux moitiés de la soirée, avec leurs prémices très différents, ou plutôt la pièce courte du même nom qui intervient après l’entracte et modifie complètement l’optique de la soirée ? Akram Khan apparaît d’abord sur scène dans une tenue traditionnelle, des ghunghurus (petits grelots) à ses chevilles, et entreprend de revisiter le classicisme de deux de ses premières oeuvres, Polaroid Feet et Tarana, pour lesquelles il avait travaillé avec deux chorégraphes indiens. Entouré de ses cinq musiciens, il offre ce qui ressemble à une démonstration de kathak – des solos assurés, limpides, d’une élégance raffinée. Les Indiens parlent de leurs danseurs comme de “musiciens du corps”, et c’est un trait qu’ils partagent avec le flamenco : une sensibilité musicale au-delà de ce que l’oreille perçoit, traduite ici par un dialogue intuitif avec les instruments. La difficulté est constamment déguisée, l’assurance du jeu de jambes servant à mettre en valeur l’incroyable fluidité du centre et la précision de ses bras, aux formes visiblement chargées de sens. Même les tours les plus virtuoses, tourbillonnant à la surface de la scène sans quitter le sol, possèdent une intégrité formelle qu’Akram Khan semble garder enraciné en lui. (…)

» Lire l’intégralité de la critique sur Dansomanie

Gnosis (Akram Khan) © Richard Haughton

Gnosis (Akram Khan) © Richard Haughton





Powered by WordPress - © L./Bella Figura - Licence Creative Commons.