May 22, 2010

The Muse, the Composer and the Choreographer

The recent Chroma / Tryst / Symphony in C Insight Evening at the Royal Ballet brought together quite a triumvirate of artists – Balanchine ballerina Patricia Neary, choreographer Christopher Wheeldon and composer James MacMillan – and I wrote a blog post about the evening for the Royal Opera House:

There is a very specific thrill to an Insight Evening – the emotion to see dancers up close, to learn how they rehearse, to see them take risks a few feet from you. Extra treats, however, were in store on 14 May to introduce the last triple bill of The Royal Ballet’s season, comprised of Chroma, Tryst and Symphony in C. One of the great Balanchine ballerinas of her time, Patricia Neary, was there to introduce the Balanchine masterpiece Symphony in C, and her presence in the studio seemed to energize dancers and audience alike. Tryst was then rehearsed by choreographer Christopher Wheeldon himself, later joined by Scottish composer James MacMillan for a discussion of the work’s score. An embarrassment of riches, and the rare opportunity to see ballets being passed on by a muse and a choreographer in the same evening.

Patricia Neary launched the evening with a delightful bit of history. Symphony in C was originally choreographed for the Paris Opera Ballet in 1947 as Le Palais de Cristal – instead of the white tutus and plain backdrop we know today, Balanchine had the four movements dressed in different colours. The ballet then entered the repertoire of the New York City Ballet the following year under the name Symphony in C, after the Bizet symphony it is set to, and Balanchine’s dancers always thought the two ballets were identical. When Patricia Neary was called to the Paris Opera Ballet to rehearse Le Palais de Cristal in the 1990s, however, she quickly realised they weren’t – Balanchine had apparently forgotten a good deal of the choreography he had created the year before, and he started from scratch when it came to New York, creating what Patricia Neary deems the better version of one of his most famous “tutu” ballets. (…)

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October 23, 2009

Critique : Morphoses, famille classique

Morphoses – Programme I
Commedia / Leaving Songs / Softly as I leave you / Boléro
Christopher Wheeldon / Tim Harbour / Sol León & Paul Lightfoot / Alexeï Ratmansky
Sadler’s Wells Theatre, Londres
21 octobre 2009

Morphoses est une compagnie qui se veut proche de son public. En témoigne la présence sur scène de son directeur artistique et principal chorégraphe, Christopher Wheeldon, venu parler de son programme avant le lever de rideau – en témoignent également les vidéos diffusées avant chaque création, censées nous faire entrevoir les coulisses de la préparation de cette saison. L’effort est à la fois étonnant et assez louable, ménageant chez le spectateur le sentiment de rencontrer une grande famille enthousiaste. Qualités et défauts de jeunesse s’ensuivent, mais cette association de danseurs et chorégraphes de tous horizons, forme de révérence à la technique classique, laisse espérer que cette dernière puisse encore rimer avec création.

Christopher Wheeldon a le mérite d’avoir diversifié sa programmation, un nombre croissant de chorégraphes extérieurs venant collaborer avec la petite troupe. L’une des principales attractions de cette première londonienne tenait ainsi à la présence au générique d’une œuvre d’Alexeï Ratmansky, ex-directeur artistique du Bolshoï. A New York, le prodige russe a été intronisé grand espoir chorégraphique aux côtés de Wheeldon, qui plaisante dans la presse au sujet de cette pression commune. L’un présentait en début de soirée Commedia, créé pour la compagnie en 2008 – l’autre offrait à Morphoses une œuvre chorégraphiée à Copenhague et passée par Moscou, son Boléro.

Commedia est l’hommage personnel de Wheeldon aux Ballets Russes, un thème qui commence à sembler rebattu en cette année de centenaire. Le chorégraphe s’attaque cependant avec zèle au Pulcinella d’Igor Stravinsky, autrefois chorégraphié par Léonide Massine, mis en valeur aujourd’hui par des décors et costumes signés Ruben et Isabel Toledo. Entre petit théâtre ambulant et losanges d’Arlequin, la première partie de Commedia passe pourtant à côté de son sujet, en alignant des pas de deux qui ne semblent jamais entrer dans la musique – il faut à Christopher Wheeldon l’arrivée de Leanne Benjamin et Edward Watson, empruntés au Royal Ballet, pour que la chorégraphie relève enfin l’esprit de la partition de Stravinsky et approfondisse ses emprunts au mime et aux poses de la commedia dell’arte. Leanne Benjamin, en particulier, est un miracle de musicalité et d’assurance, qui à quarante-cinq ans en paraît trente – rayonnante sur scène, elle flirte allègrement avec son partenaire, accordant sa légèreté théâtralisée à l’humour de Pulcinella. De  quoi sauver le goût d’incomplétude du reste, s’il le fallait.

Deux créations faisaient le lien entre Christopher Wheeldon et le Boléro final. L’Australien Tim Harbour mettait ainsi en scène le moment sentimental de la soirée, introduit par une étrange vidéo évoquant la fin des choses, le renouveau, sur fond d’allées d’arbres et de fleurs – un défilé de clichés qui n’aide en rien Leaving Songs, dansé sur une délicate création musicale de Ross Edwards. Les danseurs y sont affublés de justaucorps roses ou de collants vert pistache, et les bons sentiments de l’ensemble s’affichent gentiment – les neuf protagonistes passent ici et là avec de grandes bulles transparentes à la main (ah, comme la vie est éphémère), la mort fait une apparition, l’élégie insiste. Certains passages, pourtant, portent avec grâce les protagonistes ; la thématique trop appuyée de Tim Harbour empêche seulement l’ensemble de sonner juste.

Sol León et Paul Lightfoot, chorégraphes résidents du Nederlands Dans Theater, rejoignent également la généalogie de Morphoses avec un pas de deux, Softly as I leave you. L’oeuvre commence par un long solo dans une boîte dressée verticalement, de la taille d’une porte, avant que la danseuse ne soit rejointe hors de sa prison par son alter ego. Le mouvement est fortement inspiré du travail de Jiří Kylián, figure tutélaire de la compagnie néerlandaise, et donne à Drew Jacoby et Rubinald Pronk l’occasion de prouver leur puissance expressive – Drew Jacoby, en particulier, fait des parois en bois qui l’enferment l’écho d’une angoisse perceptible. La chorégraphie s’essouffle cependant sur l’éternel thème de l’amour-angst, passant à côté de la douceur du titre comme des pièces trop connues de Jean-Sébastien Bach et d’Arvo Pärt qui composent la bande-son.

Le Boléro d’Alexeï Ratmansky, enfin, n’est peut-être pas l’une des œuvres majeures du chorégraphe, mais il possède pourtant l’attrait que l’on reconnaît aux œuvres de jeunesse d’un maître. Six danseurs en blanc, numérotés, incarnent l’impressionnante machine de Ravel, se distinguant alternativement du groupe, passant du rythme impérieux aux connotations mélodiques. L’absence d’effets faciles aux moments les plus intenses de la partition est l’un des traits les plus fascinants du chorégraphe russe, dont l’interprétation est aux antipodes de celle de Maurice Béjart. La technique classique est un langage naturel pour lui, et cette œuvre de 2001 suggère déjà son talent pour la représentation d’une communauté, entre oppositions (alternativement de genre, entre les couples, à l’intérieur d’un couple) et fraternité. Les danseurs lui répondent en formant l’ensemble le plus abouti de la soirée, de Wendy Whelan,  l’une des muses de Wheeldon, à l’un des nouveaux venus de la troupe, Lucas Segovia. On aurait aimé une fin plus significative, mais cette œuvre d’un Ratmansky pré-Bolshoï montre assez pourquoi le monde de la danse place les mêmes espoirs en lui qu’en Christopher Wheeldon.

Commedia (Christopher Wheeldon) - © Erin Baiano (City Center, 2008)

Commedia (Christopher Wheeldon) - © Erin Baiano (City Center, 2008)





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