November 1, 2009

Cowtown boys and girls – Mark Morris’s Going Away Party

Laura @ 22:34 —
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Arlene Croce’s take on an early performance of Going Away Party, at Jacob’s Pillow, in 1990. The work was danced again last week as Sadler’s Wells, as part of the Mark Morris Dance Group’s 2009 tour to London, and it has lost none of its wit. Any thoughts ?

Traduction d’un commentaire d’Arlene Croce sur Going Away Party, au répertoire du Mark Morris Dance Group la semaine dernière à Sadler’s Wells. L’oeuvre n’a certainement rien perdu de sa gaieté satirique depuis 1990…

At Jacob’s Pillow, there was another new piece about social manners, the hilarious, satirically coarse-grained Going Away Party. Three couples, and they are unmistakably couples, have a heavy Saturday-night date to the music of Bob Wills and the Texas Playboys – eight selections in all, including the title number, “Yearning”, “My Shoes Keep Walking Back to You”, “Milk Cow Blues,” and “When You Leave Amarillo, Turn Out the Lights.” Morris makes broad jokes, such as having the men constantly go upstage to pee, but he doesn’t vulgarize his dance idiom – if anything, it’s prettier and dancier than the idiom of the Brahms pieces. It’s also exactly suited to the music, not ironically opposed, as in the Brahms. Morris uses this idiom to portray an earlier America and characters who are slightly older and who live, somewhat cynically, by convention – brash, sexually aggressive kids. In the world of Going Away Party, love is only something you hear about in songs. I have carried away a memory of that world made of the repeated parallel lunges on the opening phrase of “Yearning (Just for You).” Side by side, a man and a woman twice lunge forward on one foot, with heads bent and arms swinging, as of they were taking low, hungry bites out of the air. They move, callously, on the downbeat. These are tough gals and horny guys, sure of getting what they want from each other. Meanwhile, Morris as the loner in their midst, the good-ole-boy bachelor host of the party, tries – literally – to keep his footing. (When he slumps to the floor, the others walk right over him – an incident repeated from New Love-Song Waltzes.) Wearing a silver spangled Western outfit, a ponytail, and a hearty grin, Morris is both the central and the most peripheral figure in the piece. We get the feeling that he’s the soft-touch big brother and the dreamer and the goat, but, like the others, he keeps fading back into the group life, with its group values. He may be the most underpriviledged of the characters that Morris has invented for himself to perform; in his solo, he even looks as if he isn’t much of a dancer. And yet without him the whole piece would lack focus and definition.

As a picture of cowtown dating rituals, Going Away Party may be a little too wicked, especially to the women, who thump the men’s heads to keep them in line. We see how the sexes use each other, but (and here is Morris’s superiority as a choreographer and a social observer) we also see their fun, and it really isn’t as simple as it looked at first. When Morris brings the dancers out in solos, we see the gleaming sexual energy that has charged them up for this big night. And when the Texas Cowboys sing about women as “milk cows” Morris lets the scathing lyric stand without comment; it explains a lot about cowtown girls.

Arlene Croce, “Multicultural Theatre”, The New Yorker, July 23, 1990 – reprinted in Writing in the Dark, Dancing in The New Yorker, University Press of Florida, 2000.


[Traduction ©L./BF]

A Jacob’s Pillow était proposée une autre création traitant des manières sociales, l’hilarante Going Away Party et sa satire à gros traits. Trois couples, et il s’agit très clairement de couples, sortent un samedi soir sur fond de Bob Wills and the Texas Playboys – huit extraits au total, qui incluent le morceau cité dans le titre ainsi que « Yearning », « My Shoes Keep Walking Back to You », « Milk Cow Blues », and « When You Leave Amarillo, Turn Out the Lights ». Morris offre des gags légers, les hommes qui ne cessent d’aller pisser en fond de scène par exemple, mais il ne vulgarise pas pour autant son langage chorégraphique – il est même plus agréable et plus dansant ici que dans ses œuvres chorégraphiées sur Brahms. Il est également parfaitement adapté à la musique, et non ironiquement opposé à elle comme avec Brahms. Morris utilise ce langage pour dépeindre une Amérique d’antan et des personnages légèrement plus âgés, qui vivent, avec une forme de cynisme, à travers les conventions – des gamins effrontés, sexuellement agressifs. Dans le monde de Going Away Party, l’amour est une chose dont on n’entend parler que dans les chansons. Le souvenir que j’ai emporté de ce monde est lié aux mouvements brusques et parallèles de la phrase d’ouverture de « Yearning (Just for You) ». Côte à côte, un homme et une femme font un mouvement brusque vers l’avant, sur un pied, tête baissée, en balançant leurs bras, comme si, affamés, ils prenaient de lentes bouchées d’air. Ils avancent sur le temps frappé, avec dureté. On a affaire à des filles coriaces et des garçons excités, qui sont tous sûrs d’obtenir ce qu’ils veulent de l’autre. Pendant ce temps, Morris, dans le rôle du solitaire au milieu d’eux, le bon vieux garçon célibataire qui organise la fête, essaie – littéralement – de rester sur pied. (Quand il s’effondre à terre, les autres l’enjambent pour passer – un incident repris de New Love-Song Waltzes.) Avec son costume de western à paillettes argentées, sa queue de cheval et son sourire affectueux, Morris est à la fois le personnage central et le plus périphérique de l’oeuvre. On a la sensation qu’il s’agit du grand frère bonne poire, du rêveur et du bouc émissaire, mais, comme les autres, il ne cesse de s’incorporer de nouveau à la vie du groupe, avec ses valeurs propres de groupe. Ce personnage est peut-être le plus défavorisé parmi ceux que Morris s’est inventés ; dans son solo, il semble même être un piètre danseur. Et pourtant, sans lui, l’oeuvre toute entière manquerait de cohésion et de clarté.

En tant qu’image des rites de rencontre d’une ville de l’Ouest, Going Away Party est peut-être un peu trop méchant, surtout en ce qui concerne les femmes, qui cognent sur les têtes des hommes pour mieux les contrôler. On voit comment les deux sexes s’utilisent l’un l’autre, mais (et voilà la supéririté de Morris en tant que chorégraphe et en tant qu’observateur social) nous voyons aussi à quel point ils s’amusent, et les choses ne sont véritablement pas aussi simples qu’elles en ont l’air au premier coup d’oeil. Lorsque Morris fait danser des solos à ses interprètes, la flamboyante énergie sexuelle qui les a rechargés pour ce grand soir devient apparente. Et quand les Texas Cowboys qualifient les femmes de « vaches à lait » dans une chanson, Morris laisse passer ces cinglantes paroles sans commentaire ; elles en disent long sur les filles des villes de l’Ouest.

[Traduction ©L./BF]

Going Away Party © Mark Morris Dance Group (photographer uncredited)

Going Away Party © Mark Morris Dance Group (photographer uncredited)





Critique : Mark Morris, à l’intérieur de la musique

Laura @ 13:16 —
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Mark Morris Dance Group – Programme 2
Visitation / Going Away Party / Three Preludes / Grand Duo
Sadler’s Wells Theatre
28 octobre 2009

Le Mark Morris Dance Group tourne sur les scènes internationales depuis 1980, et il est presque aussi intimidant d’aborder pour la première fois une troupe moderne de cette stature que de rencontrer l’oeuvre de Merce Cunningham ou de Pina Bausch. Le travail du chorégraphe américain se révèle pourtant d’une simplicité confondante, avenante, lui dont la principale préoccupation est d’écouter la musique ; la diversité fait ensuite sa force, Gershwin ou Beethoven dirigeant une chorégraphie qui coule de chaque note, et dont le sens de l’écoute est à la mesure de celui de Balanchine ou d’Anna Teresa de Keersmaeker.

La soirée s’ouvre sur du Beethoven magistralement joué et interprété par neuf danseurs, vêtus de manière extrêmement simple, à la normalité presque étonnante sur une scène de danse. Visitation, terme qui désigne à la fois une visite et un épisode de la vie de la Vierge, les établit comme une communauté au sein de laquelle arrivées et départs se succèdent. En reste, comme pour chaque pièce, cette impression que chacun re-présente une partition qui ne change pas de nature en passant de la fosse à la scène. Le mouvement possède quelques inflexions classiques (les jetés, notamment), mais l’absence de force et les variations sur la marche dominent, comme si quelques passants s’égaraient devant nous dans un morceau de musique. Rien n’est maniéré dans ce travail, notamment chez Maile Okamura ou Michelle Yard. La combinaison des pas, pourtant, est l’oeuvre d’un maître dans la musique, créant une architecture dont la complexité fait l’oeuvre.

Même complexité sur un ton nettement plus léger pour Going Away Party, chorégraphiée en 1990 sur des enregistrements de Bob Wills et ses Texas Playboys. Ce « roi du swing » donne l’occasion à Mark Morris de mettre en scène avec humour trois couples très années 50 et un cow-boy solitaire. Les hommes jouent au Texan macho, les femmes s’amusent, tout est sans conséquence sinon la danse – pleine d’esprit, ironique et gaie. Mark Morris s’approprie et renvoie du tac au tac les gags de Playboy Theme ou d’un Milk Cow Blues, interrompus par les exclamations du chanteur – quoi de plus naturel après Beethoven, d’ailleurs ?

» La critique complète sur Dansomanie
» Traduction d’un commentaire de Going Away Party par Arlene Croce

Grand Duo, de Mark Morris © Marc Royce

Grand Duo, de Mark Morris © Marc Royce





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