Casse-Noisette
Production, chorégraphie et scénario : Peter Wright (1984)
Royal Ballet
Royal Opera House, Londres
26 novembre 2009
Avec : Miyako Yoshida, Steven McRae, Iohna Loots, Ricardo Cervera, Gary Avis…
Le Casse-Noisette de Peter Wright est presque devenu synonyme de Noël dans le monde de la danse anglaise, tant il est omniprésent pendant les fêtes – au Royal Opera House, évidemment, mais également à Birmingham dans une version modifiée pour le Birmingham Royal Ballet qui a souvent les faveurs du public. Le Royal Ballet fête cette année le vingt-cinquième anniversaire de ce pilier du répertoire, déjà dansé plus de trois cents fois, mais dont l’histoire retravaillée conserve une candeur joyeuse.
Cette version a le mérite d’aller au bout d’une idée reçue – celle que Casse-Noisette est un charmant ballet familial destiné à divertir pendant l’hiver, avec sa magie, ses flocons virevoltants et ses improbables batailles de soldats et de souris. Peter Wright a corrigé le livret originel pour donner plus de consistance au personnage du Casse-Noisette, devenu Hans-Peter, le neveu de Drosselmeyer, emprisonné dans un jouet par une impitoyable Reine des Souris. Clara le délivre donc, et le deuxième acte, au Royaume des Sucreries, est un divertissement donné en leur honneur par Drosselmeyer. Ces ajouts narratifs rendent parfois l’histoire plus cohérente, mais ont aussi tendance à mettre en évidence les ficelles dramatiques quelque peu lâches du ballet – si Balanchine a dit un jour qu’il n’y avait pas de belles-mères dans cet art, il n’est pas certain non plus qu’il y ait des oncles.
Mais Casse-Noisette vaut rarement pour la force de sa narration, et Peter Wright joue avec art la carte du grand divertissement. De l’atelier de Drosselmeyer, sur lequel s’ouvre et se ferme le ballet, au royaume de la Fée Dragée, en passant par l’impressionnante transformation d’un rutilant sapin, le Royal Ballet a poli tous les détails de la production. Les intérieurs et les costumes de la fête apportent une touche victorienne qui contraste avec l’explosion de sucre du second acte, et rappelle les valeurs d’ancien régime qui prévalaient à l’époque de la nouvelle d’Hoffmann. Quant au merveilleux, il est traité sans détours, avec une candeur qui autorise également le public à suspendre le doute et entrer dans le rêve – la chaleur qui émane de l’interprétation explique sans doute la réaction enchantée de la salle, même si certains détails provoquent un amusement inattendu (l’armée d’anges de Noël, notamment).
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Avouons cependant que l’un des attraits principaux de cette représentation était la présence dans le rôle de la Fée Dragée de Miyako Yoshida. La ballerine japonaise ayant annoncé il y a quelques jours qu’elle prendrait sa retraite à la fin de la saison, ces Casse-Noisette sont un premier au revoir, dans un rôle qu’elle a marqué ; immortalisée en DVD avec Jonathan Cope, elle a par ailleurs dansé la plupart des premières de cette version de Peter Wright ces dix dernières années. Sa biographie ne s’arrête pas là, mais peu importe ; elle montre sur scène à quel point sa danse a gardé une délicatesse et une fraîcheur surannées. La technique n’est là qu’à demi-mot, implicite, mais les années semblent ne jamais l’avoir altérée. Ses lignes, dominées par une impressionnante sérénité du haut du corps, sont d’une perfection ancienne et modeste. C’est une ballerine radieuse qui prend discrètement possession de la scène, et la voir, cette année, est un privilège. (…)
» La critique complète sur Dansomanie (lien temporaire)

Miyako Yoshida & Steven McRae dans Casse-Noisette © Johan Persson, 2009
