March 17, 2010

Critique : Richard Alston et quelques invités

To Dance and Skylark / Movements from Petrushka / Overdrive
Richard Alston Dance Company

Chorégraphie : Martin Lawrance, Richard Alston
Sadler’s Wells Theatre, Londres
3 mars 2010

Pur produit du milieu de la danse contemporaine anglaise, Richard Alston, directeur artistique de The Place, l’un des lieux de danse les plus prestigieux de Londres, possède aujourd’hui une compagnie à son image. Danseurs et esthétique y sont réminiscents de la Rambert Dance Company, institution locale que Richard Alston a dirigé pendant six ans ; le style, dansant, vivant, musical, rappelle l’héritage de Mark Morris. De passage à Sadler’s Wells pour deux dates seulement, la compagnie, qui propose entre deux et quatre créations par an, offrait un aperçu du répertoire qu’elle a construit en 15 ans d’existence – dominé par le travail de Richard Alston, mais qui donne également sa chance, depuis plusieurs saisons, au jeune chorégraphe Martin Lawrance.

Ce dernier ouvrait le programme avec To Dance and Skylark, l’une des dernières créations de la compagnie. Chorégraphier Bach n’a rien d’évident, mais Martin Lawrance, qui est un ancien interprète d’Alston, attaque les Concertos Brandebourgeois n° 2 et 3 avec légèreté et lucidité – la filiation avec le directeur de la compagnie et d’autres maîtres est évidente dans cette pièce abstraite, qui repose toute entière sur la musique, et en tire dans ce cas précis toute sa liberté. Une première partie voit des groupes en bleu et gris se faire et se défaire au fil de la partition avec un naturel désarmant, en attendant le pas de deux plus grave dansé par Anneli Binder et l’excellent Ira Mandela Siobhan – mais la mélancolie semble à peine exister dans ce monde baroque, et la compagnie revient tout de rouge et orange vêtue, s’appuyant joyeusement sur la musique, véritable bouffée d’air frais. Cette alliance de la musique baroque et de la danse pure n’est pas nouvelle (Kylián ou Mark Morris y ont contribué), mais To Dance and Skylark en joue sans complexes, et le style de Martin Lawrance ne manque pas d’intérêt. Les pas s’inspirent souvent librement de la technique classique, et son travail avec le sol, tout en élasticité, donne un ressort plein de vivacité aux danseurs, qui s’élancent sans préparation visible. La liberté des ports de bras ajoute à l’insouciance de l’oeuvre, qui suit fidèlement les impulsions de Bach. “All hands to dance and skylark” était apparemment un ordre donné aux marins en manque d’exercice – ceux-ci grimpaient alors au gréement du bateau pour se remettre en forme, et la création de Lawrance, sans éblouir tout à fait, garde quelque chose d’une grisante gymnastique de plein air. (…)

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Movements from Petrushka © Catherine Ashmore

Movements from Petrushka © Catherine Ashmore





February 25, 2010

Critique : Eva Yerbabuena, l’étrangère

Laura @ 00:57 —
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Lluvia
Eva Yerbabuena
Sadler’s Wells (Flamenco Festival), Londres
17 février 2010

Lluvia commence sur une image classique : une danseuse seule, traversant une foule en noir, y exprimant sa solitude. Quelques touches contemporaines viennent consolider l’image, mais c’est Eva Yerbabuena, en blanc, qui rend sa force au lieu commun. Lluvia (Pluie) est de son propre aveu son oeuvre la plus mélancolique, et la danseuse de flamenco, qui parcourt le monde avec sa propre compagnie depuis 1998, s’y donne le rôle de l’étrangère. Etrangère ou presque aux quatre danseurs qui l’accompagnent et forment leur propre communauté – étrangère aux musiciens dont elle habite si puissamment les mélodies. Son passage à Sadler’s Wells, cette semaine, dans le cadre d’un Flamenco Festival qui met à l’honneur des femmes qui ont renouvelé le genre, n’en était que plus touchant.

Eva Yerbabuena, qui a fait ses classes à Grenade, Séville et La Havane, sait visiblement s’entourer, et ce nouveau spectacle est un écrin qui met en valeur sa différence. La toile de fond représente un mur de briques qui laisse deviner un intérieur encombré et, de l’autre côté d’un porche, les musiciens de l’œuvre, qui portent Lluvia, d’une scène à l’autre. Parmi eux, quatre chanteurs répondent aux quatre danseurs d’Eva Yerbabuena – une longue scène gaie et ironique est dédiée à cette communauté de flamenco qui se retrouve autour d’une table ou en cercle, s’encourageant les uns les autres. Eva Yerbabuena traverse ce passage, légèrement incongru dans l’atmosphère sombre de l’oeuvre, comme une femme qui a vieilli, à la folie étrangère au reste du groupe, à la fois puissante, parée de tous ses atours et reléguée en bordure du monde. Elle danse, brillamment, à en perdre plusieurs fois son peigne – et disparaît, laissant la scène au groupe qui poursuit la fête. (…)

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<Eva Yerbabuena in Lluvia © Rueben Martin

Eva Yerbabuena in Lluvia © Rueben Martin





November 1, 2009

Critique : Mark Morris, à l’intérieur de la musique

Laura @ 13:16 —
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Mark Morris Dance Group – Programme 2
Visitation / Going Away Party / Three Preludes / Grand Duo
Sadler’s Wells Theatre
28 octobre 2009

Le Mark Morris Dance Group tourne sur les scènes internationales depuis 1980, et il est presque aussi intimidant d’aborder pour la première fois une troupe moderne de cette stature que de rencontrer l’oeuvre de Merce Cunningham ou de Pina Bausch. Le travail du chorégraphe américain se révèle pourtant d’une simplicité confondante, avenante, lui dont la principale préoccupation est d’écouter la musique ; la diversité fait ensuite sa force, Gershwin ou Beethoven dirigeant une chorégraphie qui coule de chaque note, et dont le sens de l’écoute est à la mesure de celui de Balanchine ou d’Anna Teresa de Keersmaeker.

La soirée s’ouvre sur du Beethoven magistralement joué et interprété par neuf danseurs, vêtus de manière extrêmement simple, à la normalité presque étonnante sur une scène de danse. Visitation, terme qui désigne à la fois une visite et un épisode de la vie de la Vierge, les établit comme une communauté au sein de laquelle arrivées et départs se succèdent. En reste, comme pour chaque pièce, cette impression que chacun re-présente une partition qui ne change pas de nature en passant de la fosse à la scène. Le mouvement possède quelques inflexions classiques (les jetés, notamment), mais l’absence de force et les variations sur la marche dominent, comme si quelques passants s’égaraient devant nous dans un morceau de musique. Rien n’est maniéré dans ce travail, notamment chez Maile Okamura ou Michelle Yard. La combinaison des pas, pourtant, est l’oeuvre d’un maître dans la musique, créant une architecture dont la complexité fait l’oeuvre.

Même complexité sur un ton nettement plus léger pour Going Away Party, chorégraphiée en 1990 sur des enregistrements de Bob Wills et ses Texas Playboys. Ce « roi du swing » donne l’occasion à Mark Morris de mettre en scène avec humour trois couples très années 50 et un cow-boy solitaire. Les hommes jouent au Texan macho, les femmes s’amusent, tout est sans conséquence sinon la danse – pleine d’esprit, ironique et gaie. Mark Morris s’approprie et renvoie du tac au tac les gags de Playboy Theme ou d’un Milk Cow Blues, interrompus par les exclamations du chanteur – quoi de plus naturel après Beethoven, d’ailleurs ?

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» Traduction d’un commentaire de Going Away Party par Arlene Croce

Grand Duo, de Mark Morris © Marc Royce

Grand Duo, de Mark Morris © Marc Royce





October 23, 2009

Critique : Morphoses, famille classique

Morphoses – Programme I
Commedia / Leaving Songs / Softly as I leave you / Boléro
Christopher Wheeldon / Tim Harbour / Sol León & Paul Lightfoot / Alexeï Ratmansky
Sadler’s Wells Theatre, Londres
21 octobre 2009

Morphoses est une compagnie qui se veut proche de son public. En témoigne la présence sur scène de son directeur artistique et principal chorégraphe, Christopher Wheeldon, venu parler de son programme avant le lever de rideau – en témoignent également les vidéos diffusées avant chaque création, censées nous faire entrevoir les coulisses de la préparation de cette saison. L’effort est à la fois étonnant et assez louable, ménageant chez le spectateur le sentiment de rencontrer une grande famille enthousiaste. Qualités et défauts de jeunesse s’ensuivent, mais cette association de danseurs et chorégraphes de tous horizons, forme de révérence à la technique classique, laisse espérer que cette dernière puisse encore rimer avec création.

Christopher Wheeldon a le mérite d’avoir diversifié sa programmation, un nombre croissant de chorégraphes extérieurs venant collaborer avec la petite troupe. L’une des principales attractions de cette première londonienne tenait ainsi à la présence au générique d’une œuvre d’Alexeï Ratmansky, ex-directeur artistique du Bolshoï. A New York, le prodige russe a été intronisé grand espoir chorégraphique aux côtés de Wheeldon, qui plaisante dans la presse au sujet de cette pression commune. L’un présentait en début de soirée Commedia, créé pour la compagnie en 2008 – l’autre offrait à Morphoses une œuvre chorégraphiée à Copenhague et passée par Moscou, son Boléro.

Commedia est l’hommage personnel de Wheeldon aux Ballets Russes, un thème qui commence à sembler rebattu en cette année de centenaire. Le chorégraphe s’attaque cependant avec zèle au Pulcinella d’Igor Stravinsky, autrefois chorégraphié par Léonide Massine, mis en valeur aujourd’hui par des décors et costumes signés Ruben et Isabel Toledo. Entre petit théâtre ambulant et losanges d’Arlequin, la première partie de Commedia passe pourtant à côté de son sujet, en alignant des pas de deux qui ne semblent jamais entrer dans la musique – il faut à Christopher Wheeldon l’arrivée de Leanne Benjamin et Edward Watson, empruntés au Royal Ballet, pour que la chorégraphie relève enfin l’esprit de la partition de Stravinsky et approfondisse ses emprunts au mime et aux poses de la commedia dell’arte. Leanne Benjamin, en particulier, est un miracle de musicalité et d’assurance, qui à quarante-cinq ans en paraît trente – rayonnante sur scène, elle flirte allègrement avec son partenaire, accordant sa légèreté théâtralisée à l’humour de Pulcinella. De  quoi sauver le goût d’incomplétude du reste, s’il le fallait.

Deux créations faisaient le lien entre Christopher Wheeldon et le Boléro final. L’Australien Tim Harbour mettait ainsi en scène le moment sentimental de la soirée, introduit par une étrange vidéo évoquant la fin des choses, le renouveau, sur fond d’allées d’arbres et de fleurs – un défilé de clichés qui n’aide en rien Leaving Songs, dansé sur une délicate création musicale de Ross Edwards. Les danseurs y sont affublés de justaucorps roses ou de collants vert pistache, et les bons sentiments de l’ensemble s’affichent gentiment – les neuf protagonistes passent ici et là avec de grandes bulles transparentes à la main (ah, comme la vie est éphémère), la mort fait une apparition, l’élégie insiste. Certains passages, pourtant, portent avec grâce les protagonistes ; la thématique trop appuyée de Tim Harbour empêche seulement l’ensemble de sonner juste.

Sol León et Paul Lightfoot, chorégraphes résidents du Nederlands Dans Theater, rejoignent également la généalogie de Morphoses avec un pas de deux, Softly as I leave you. L’oeuvre commence par un long solo dans une boîte dressée verticalement, de la taille d’une porte, avant que la danseuse ne soit rejointe hors de sa prison par son alter ego. Le mouvement est fortement inspiré du travail de Jiří Kylián, figure tutélaire de la compagnie néerlandaise, et donne à Drew Jacoby et Rubinald Pronk l’occasion de prouver leur puissance expressive – Drew Jacoby, en particulier, fait des parois en bois qui l’enferment l’écho d’une angoisse perceptible. La chorégraphie s’essouffle cependant sur l’éternel thème de l’amour-angst, passant à côté de la douceur du titre comme des pièces trop connues de Jean-Sébastien Bach et d’Arvo Pärt qui composent la bande-son.

Le Boléro d’Alexeï Ratmansky, enfin, n’est peut-être pas l’une des œuvres majeures du chorégraphe, mais il possède pourtant l’attrait que l’on reconnaît aux œuvres de jeunesse d’un maître. Six danseurs en blanc, numérotés, incarnent l’impressionnante machine de Ravel, se distinguant alternativement du groupe, passant du rythme impérieux aux connotations mélodiques. L’absence d’effets faciles aux moments les plus intenses de la partition est l’un des traits les plus fascinants du chorégraphe russe, dont l’interprétation est aux antipodes de celle de Maurice Béjart. La technique classique est un langage naturel pour lui, et cette œuvre de 2001 suggère déjà son talent pour la représentation d’une communauté, entre oppositions (alternativement de genre, entre les couples, à l’intérieur d’un couple) et fraternité. Les danseurs lui répondent en formant l’ensemble le plus abouti de la soirée, de Wendy Whelan,  l’une des muses de Wheeldon, à l’un des nouveaux venus de la troupe, Lucas Segovia. On aurait aimé une fin plus significative, mais cette œuvre d’un Ratmansky pré-Bolshoï montre assez pourquoi le monde de la danse place les mêmes espoirs en lui qu’en Christopher Wheeldon.

Commedia (Christopher Wheeldon) - © Erin Baiano (City Center, 2008)

Commedia (Christopher Wheeldon) - © Erin Baiano (City Center, 2008)





October 15, 2009

Review: The Mysterious Ways of Diaghilev

In the Spirit of Diaghilev
Dyad 1909 / AfterLight / Afternoon of a Faun / Eternal Damnation to Sancho and Sanchez

Wayne McGregor / Russell Maliphant / Sidi Larbi Cherkaoui / Javier de Frutos
Sadler’s Wells, London
October 13, 2009

If the Centenary of the Ballets Russes was to achieve something this year, it might be to remind artistic directors of their creative mission. Aside from reconstructions of period works, there have been few really adventurous choreographic ventures in the ballet world to celebrate the legendary company. Diaghilev was not a creator himself, but his gift for bringing together artists of different horizons and successfully direct their collaboration was one of the chief ingredients of a seminal period in dance. Alistair Spalding, at Sadler’s Wells, remembered this and brought together four famed choreographers for a rare mixed bill. Wayne McGregor, Russell Maliphant, Sidi Larbi Cherkaoui and Javier de Frutos all contributed premieres alluding to Diaghilev’s heritage, and the facet they each chose to highlight said much about their own creative process.

Wayne McGregor is hardly channeling the great tutelar figure in Dyad 1909, the first part of a diptych to be completed with a creation in Melbourne. As is usual with this choreographer, the visual concept relies heavily on technology – three sets of screens are alternatively used as a cold background and as a vehicle for arty videos that have the distracting effect of neon lighting. A polar bear makes an apparition at the beginning, but what follows is a dance frenzy that bears a clear resemblance to Genus or Entity, both recent creations. The composer, Ólafur Arnalds, has devised some beautifully atmospheric moments, but Wayne McGregor only hints at the poetry he could draw from the music. Meaningful images come and vanish immediately in the general outpouring of movement. His dancers are highly trained – why then so often limit partnering, for instance, to supported splits ? Admittedly, his signature hip placements do at times evoke Antarctic penguins, but Wayne McGregor was once again here working in the spirit of McGregor – and he might achieve so much more if he didn’t.

Vaslav Nijinsky dans Le Spectre de la Rose - © Life/E.O.Hoppe

Vaslav Nijinsky in Le Spectre de la Rose - © Life/E.O.Hoppe

Russell Maliphant and Sidi Larbi Cherkaoui, on the other hand, premiered two highly original works in the second part of the evening. Maliphant’s AfterLight is especially stunning in its inventivity – billed as a solo to Satie’s Gnossiennes, often used by choreographers, it takes Vaslav Nijinsky’s sketches and paintings as starting point for a reflection on light, sculpture and curves. Daniel Proietto is the moving statue – starting in a circle of light in the centre that gradually expands and changes. Michael Hulls and Es Devlin’s fascinating animated lighting seems to engage in a dialogue with him, alternatively drawing him in, serving as pedestal, and moving away from his body. Proietto, in turn, draws every curve of the Nijinsky-inspired forms Maliphant uses before breaking out of them, of the stillness of the statue. The sense of loss in the moment of silence between each Gnossienne beautifully contrasts this ecstasy of form – until the lone figure, dressed in casual clothes, returns to his strange realm of absolute fluidity.

Sidi Larbi Cherkaoui, as far as he is concerned, set himself the difficult task of re-choreographing a Ballets Russes work, the erotic Afternoon of a Faun. Both Nijinsky and Jerome Robbins have created versions that live on, and one wondered if anything more was to be be done with Claude Debussy’s lush score. Cherkaoui certainly doesn’t try to revolutionize the concept, and it looked like the right option on the first night. What he does is bring a specific movement quality into the equation, which in a sense relates to Maliphant’s – the lines stretching and flowing, uninterrupted, in never-ending curves. Centre stage, James O’Hara is an alien of a faun, all instincts and animal grace, his platinum hair contrasting with his nymph’s dark waves. Both share a very sensual way of moving, and the central pas de deux saw them merge naturally, as equals, into one fascinating animal. They roll, play, ultimately part, leaving behind the enduring image of a summer forest at dusk. The only discordant element is the additional music by Nitin Sawhney, that does little for the overall mood set by Debussy – Afternoon of a Faun bears new choreography well enough on its own.

The final piece clearly aimed to become the scandal of the evening, a purpose silly enough to make Eternal Damnation to Sancho and Sanchez fall flat. Javier de Frutos had carefully selected his ingredients though : a hunchbacked caricature of a Pope, an altar boy (can you guess what ensues ?), Apolon and three very pregnant muses. Most of them will be explicitly raped to a litany of Santa Maria in a piece that contains very little dancing besides the overt violence. De Frutos claims to have been inspired by the scenarios of Jean Cocteau and by Diaghilev’s taste for the odd scandal, but pleased as he may be with the booing he received, he forgot that the riots at the Ballets Russes came along with art. Amuse me, the neon lights above the Pope read, and Javier de Frutos is the jester here – in a world that so often goes for shock value, Eternal Damnation is but a good laugh for the audience, at best.





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